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Général Dufour, biographie



La Genève d’aujourd’hui conserve très vivante l’empreinte des œuvres de trois hommes qui ont incontestablement marqué son histoire sur les plans de la religion, des institutions et de l’urbanisme et dont les actions perturbent à l’époque moderne. A l’évidence, le général Guillaume-Henri DUFOUR figure en bonne place dans le panthéon genevois, aux côtés de Jean CALVIN et de James FAZY, imprégné tant la Réforme que le vaste courant régénérateur qui animait les hommes de 1847.

Général DUFOUR 1787-1875

« Esquisse biographique par Jean-Etienne Genequand »

 Paradoxalement, l’un des Suisses les plus célèbres du XIXe siècle et de notre histoire confédérale, Guillaume-Henri DUFOUR, n’est pas né dans sa patrie, mais en Allemagne. En effet, son père, Bénédict Dufour, descendant d’une très vieille famille de la campagne genevoise, avait émigré lors des troubles que connut Genève à la fin du XVIIIe siècle et c’est à Constance, où demeurait la famille Dufour, avec une importante colonie d’exilés genevois, que Guillaume-Henri naquit le 15 septembre 1787.

Le séjour de la famille Dufour sur les bords du Rhin ne dura que trois ans : autant dire qu’il ne marqua pas le jeune garçon, dont les premiers souvenirs comme la première instruction sont genevois.

En 1797, il entre au collège, mais l’on ne saurait dire qu’il y fut le meilleur. Sauf à organiser des batailles entre « galopins » et à regarder manœuvrer les troupes françaises ­qui depuis 1798 ont envahi Genève ­ il ne manifeste guerre de talents particuliers. Sorti du Collège au début du XIXe siècle, il commence par se tourner vers la chirurgie et entre dans un hôpital militaire. Ce qu’il vit fut peut-être pour lui une ouverture sur le sort des blessés des champs de bataille et permet de mieux comprendre son attitude future comme commandant en chef lors de notre dernière guerre civile, le « Sonderbund », ou comme fondateur de la Croix-Rouge.

Sa véritable vocation ne luit vint pourtant que le jour où il apprit l’existence à Paris d’une école polytechnique, qui préparait de futurs officiers et permettait d’échapper à la conscription qui s’sévissait à Genève comme dans tous les territoires soumis au pouvoir français. Il veut y entrer et décide son père à lui faire donner des leçons de mathématiques nécessaires, ce qu’il avait retenu de l’enseignement du Collège n’étant guère suffisant. Il donne en outre des leçons de dessin pour ne pas trop grever la bourse familiale et passe le concours d’entrée, qu’il réussit, en 1807.

Il part donc pour Paris où les deux années qu’il y passe révèlent l’homme qu’il sera toute sa vie : travailleur, sérieux, intelligent, voire brillant et dévoué à ses camarades. Entré cent-quarantième au concours, il sort de Polytechnique cinquième en 1809. Devant choisir une arme, il opte pour le génie. Affecté à « l’école pratique » de Metz pour parfaire sa formation, il s’y rend en passant par Genève oû il revoit sa famille pour la première fois depuis deux ans. Son séjour à Metz est de courte durée : à la fin de 1809 en effet, les cinq premiers de l’école d’application sont envoyés sans délai à Corfou, limite orientale extrême de l’empire napoléonien, pour participer aux travaux de formation de l’île contre les Anglais. Nommé capitaine pendant son séjour corfiote, Dufour participe et dirige certains travaux de fortification et lève le plan de forteresse selon une méthode de dessin permettant de voir le relief.

Il courut à Corfou le plus grand danger de sa vie, le jour où les Anglais attaquèrent les canots avec lesquels les Français avaient fait une reconnaissance. Le feu ayant pris aux réserves de poudre, Dufour, sévèrement brûlé, dut s’enfuir à la nage en grande tenue.

Le premier retour des Bourbons obligea les Français à remettre l’île aux Anglais, puis à embarquer pour Marseille d’où, par Aix, Dufour gagne Grenoble, ville dans laquelle il s’occupe de l’organisation du génie. Il obtient ensuite un congé qui lui permet de revenir à Genève. C’est là que la nouvelle du retour de Napoléon l’atteint ; il est alors envoyé à Lyon, pour collaborer aux travaux de fortification de la ville contre une attaque prévue des Autrichiens. La seconde défaite de Napoléon, à Waterloo, fait de lui un officier en disponibilité avec, en consolation, la croix de la Légion d’honneur. Il ne lui reste plus qu’à rentrer à Genève, incertain de son sort et de son avenir.

En 1817, l’offre lui est faite d’un commandement à Briançon, à condition, Genève étant maintenant suisse, qu’il se fasse naturaliser Français. Dufour hésite, puis choisit son ancienne patrie. Il n’aura pas à le regretter : rapidement de nombreux travaux lui sont confiés. Il devient en effet commandant du génie genevois, ingénieur cantonal ­ chargé comme tel du cadastre et de la levée de la carte du canton ­ ainsi que chargé de cours de mathématiques à l’Académie. En 1819, il entre au Conseil Représentatif.

Si son commandement n’est pas ce qui a le plus marqué, son travail d’ingénieur a laissé des traces jusqu’à nos jours. Le cadastre genevois levé sous ses ordres sert encore aujourd’hui, dans certains cas, de point de repère. La carte du canton dressée à l’échelle 1 :12`500, en seize feuilles, est restée manuscrite. En revanche, un exemplaire au 1 :25`000, en quatre feuilles, fut gravé (les cuivres existent encore) et tiré à de nombreux exemplaires d’une grande qualité.

Mais c’est comme ingénieur civil qu’il donna toute sa mesure. Membre du Conseil Représentatif, il plaide pour une amélioration de l’esthétique et de l’urbanisme de la ville du côté du lac. Il fait triompher ses choix et le Grand Quai, le quai et le pont des Bergues, de même que l’Ile Rousseau ­ tels que nous les connaissons ­ sont le fruit de ses travaux. Il participera aussi à l’installation, par Pradier, de la statue de Rousseau sur l’Ile des Barques, qui prendra alors le nom du philosophe genevois. Enfin, il aménage un jardin botanique dans l’actuelle promenade des Bastions.

L’ouverture de Genève sur la Suisse, par le lac ­ n’oublions pas que le chemin de fer n’existe pas encore ­ se concrétise par l’appui que Dufour donne à la navigation par bateaux à vapeur. Mais Genève est encore enserrée dans ses remparts et la partie principale de la ville, sur la rive gauche, ne possède que deux portes, à Rive et à Neuve. Dufour jette donc un pont « de fil de fer » entre les remparts et la campagne environnante, dans la région de Florissant. Il participe encore à la reconstruction de l’Observatoire, qui se trouvait jusqu’en 1966 face à l’actuel Musée d’art et d’histoire. Ses travaux à Genève sont connus en Suisse, et le gouvernement fribourgeois, par exemple, le consulte pour la construction du pont suspendu du Gottéron.

Parallèlement à sa nationalité genevoise, Dufour est Suisse. Ce genevois né en exil, qui doit sa formation à la France ­ patrie d’adoption à laquelle il a tout donné pendant huit ans ­ ressent le besoin de tout faire pour resserrer les liens entre Genève et la jeune Confédération d’une part, entre les différents cantons d’autre part. C’est comme officier fédéral qu’il pourra mettre en pratique cette importante idée.

En 1819, il crée l’école militaire de Thoune. Son but est à la fois d’améliorer et d’uniformiser la formation des officiers, afin d’obtenir une armée fédérale homogène, plus cohérente que la simple juxtaposition de contingents cantonaux entraînés séparément. En 1827 a lieu à Thoune, encore et toujours sous la direction de Dufour, le premier rassemblement de troupes de différentes armes, pour les instruire au service en campagne. Toujours dans cet esprit d’amélioration de la formation des officiers et de resserrement du lien confédéral, il présida de très nombreuses années, et de la Société suisse des officiers.

Par ailleurs, c’est en 1832 que Dufour commence sa grande œuvre scientifique, dont l’utilité pour l’armée est indiscutable, la carte topographique de la Suisse. Basée sur un travail de triangulation et de mensuration absolument remarquable, dont les difficultés d’exécution ­ particulièrement dans les régions alpines ­ sont à peine imaginables aujourd’hui, la carte assit à la fois la réputation de Dufour, mais aussi celle de la Suisse, en matière de topographie et de cartographie. Gravées sur cuivre, les premières feuilles parurent en 1846 et les dernières en 1864.

A côté de ces activités d’instruction et de coopération confédérale, Dufour commande. Premier Genevois à être nommé colonel fédéral en 1827, il est chef d’état-major de l’armée levée en 1831, sous le commandement du général Guiger de Prangins, pour faire face aux menaces que faisaient courir à l’Europe la révolution de juillet à Paris et la lutte des Belges pour leur indépendance. Cette mobilisation révèle des lacunes importantes dans l’organisation militaire suisse : Dufour les constate et tente d’y remédier. Il fait en en particulier mettre en état de défense les fortifications de Saint-Maurice, Luziensteig et Zollbrücke. Après la démobilisation des troupes, Dufour est nommé à titre permanent Quartier-maître général et inspecteur du personnel de l’armée fédérale, dont c’est la plus haute charge en temps de paix.

Les quinze années suivantes, qui voient dans notre pays de nombreux problèmes politiques dégénérer, permettront à Dufour de faire la démonstration de ses qualités militaires et morales .En 1833, il est, à la tête d’une division, chargé d’occuper la ville de Bâle et d’y ramener l’ordre troublé par de violentes querelles entre la ville et la campagne. L’année suivante il reçoit pour mission d’évacuer les Polonais et les Italiens qui, après une expédition en Savoie, refluaient vers nos frontières. En 1838, une sérieuse menace de guerre plane sur les relations entre la France et la Suisse. Notre pays refusait d’expulser le prince Louis-Napoléon. Ce dernier citoyen d’honneur du canton de Thurgovie et capitaine dans les troupes bernoises avait été l’élève de Dufour à l’école militaire de Thoune en 1830 et une véritable amitié liait les deux hommes. L’intervention diplomatique et personnelle de Dufour permit de réduire la tension, le prince ayant quitté spontanément la Suisse, alors que les deux pays avaient déjà mis leurs troupes sur pied.

Mais ce qui fit le plus pour la réputation de Dufour fut l’affaire du Sonderbund. La restauration en 1814, avait ramené tant les hommes que les institutions de l’Ancien Régime sur le devant de la scène. Au début des années quarante pourtant, les institutions démocratiques avaient triomphé dans la plupart des cantons et les partisans de la démocratie faisaient de nombreux efforts pour remplacer le Pacte fédéral par une constitution mieux adaptée, qui transformerait l’ancienne Confédération de cantons en un Etat fédéral, doté d’un pouvoir central permanent. Seuls quelques cantons conservateurs s’accrochaient au cantonalisme. Ces discussions se doublaient d’un conflit religieux : les radicaux-démocrates professant l’anticléricalisme, les cantons catholiques et conservateurs se sentaient menacés dans leur autonomie. Ces derniers conclurent finalement une alliance séparée ­ en allemand Sonderbund ­ contraire au pacte fédéral. Des problèmes précis ­ suppression des couvents en Argovie, accueil des Jésuites à Lucerne ­ envenimèrent les choses. La Diète fédérale exigea la dissolution du Sonderbund, mais essuya un refus. En juillet 1847, elle vota alors sa dissolution à la majorité. Mais plutôt que d’obtempérer, le Sonderbund organisa sa résistance. Tous autres moyens étant épuisés, la Diète leva des troupes et, le 24 octobre, nomma Dufour général, commandant en chef de l’armée fédérale.

Après quelques hésitations, le général désigné accepta, fit ses plans et organisa six divisions. Il put enfin marcher sur Fribourg, dont il obtint la reddition le 14 novembre, sans avoir eu besoin de faire donner ses troupes. Tandis qu’une division restait sur place ­ pour occuper Fribourg et surveiller le Valais ­ Dufour se rendait en Argovie pour attaquer Lucerne et le Suisse primitive. Le combat décisif eut lieu à Gisikon le 24 novembre 1847. L’armée du Sonderbund fut finalement mise en déroute. L’Alliance séparée était dissoute, le Valais ­ isolé géographiquement ­ ayant à son tour abandonné la lutte.

En vingt-cinq jours, le Général avait pacifié la Suisse, avec des pertes que l’on peut qualifier de minimes :soixante morts dans l’armée fédérale, vingt-six dans celle de Sonderbund, environ cinq cents blessés, des effectifs de cent mille hommes environ pour l’armée fédérale et soixante-seize mille environ pour celle du Sonderbund. Les civils avaient été épargnés, le pays également. Après le licenciement des troupes, Dufour rentre à Genève en janvier 1848. C’est une explosion d’enthousiasme, les félicitations et les hommages affluents de partout. La Confédération pourra se doter d’une constitution démocratique et ne sera pas touchée par la vague de révolutions qui s’écrouera l’Europe en 1848.

Après l’affaire du Sonderbund, Dufour fut appelé trois fois encore à prendre la tête de l’armée fédérale. En 1849 d’abord, lorsque des troupes hessoises violèrent l’intégrité du territoire suisse près de Schaffhouse. Dufour eut alors sous ses ordres des troupes de deux camps de 1847, ce qui acheva de sceller la réconciliation entre les parties. Le conflit fut réglé à l’amiable, sans action militaire.

Plus sérieuse fut l’affaire de Neuchâtel. Une insurrection royaliste avait remis sur le devant de la scène les droits du Roi de Prusse sur sa principauté, également canton suisse. Frédéric-Guillaume IV exigeait la libération des chefs de l’insurrection. Une médiation de Napoléon III, obtenue par Dufour, n’aboutit pas. Dés deux côtés on mobilisera et Dufour fut nommé général en janvier 1857. Les deux armées se préparaient au combat, sur chaque rive du Rhin, lorsque les Chambres fédérales cédèrent finalement le 16 janvier. Une fois encore, la guerre avait été évitée, mais la détermination de Dufour à la conduire jusqu’au bout, le cas échéant, ne doit pas être mise en doute.

En 1859, lors de la guerre entre l’Autriche d’une part, la France et l’Italie d’autre part, Dufour fut une dernière fois nommé à la tête d’une armée fédérale chargée de protéger l’intégrité du territoire national dans les régions du Simplon et du Léman. Cette fois encore, il n’y eut pas d’action militaire.

Âgé de quatre-vingts ans, Dufour remet sa démission définitive d’officier au Conseil fédéral. Mais il a encore, dans deux cas, rendu service à sa patrie.

En 1851, il a en effet présidé une commission chargée de préparer la voie à la création de l’Ecole polytechnique fédérale. Même si son projet initial a été sensiblement modifié, on peut néanmoins le considérer comme le fondement de la création de notre haute école.

Enfin, il ne faut pas oublier que Dufour ­ connu surtout comme homme de guerre ou comme ingénieur ­ fut l’un des cinq (avec  Henri Dunant, Louis Appia, Théodore Maunoir et Gustave Moynier) qui lancèrent l’idée de l’aide aux blessés sur les champs de bataille, et que c’est surtout grâce à lui et à ses nombreuses relations à l’étranger que put être réunie la conférence de 1864 à l’issue de laquelle fut signée la première des conventions de Genève, véritable base de la Croix-Rouge.


Retiré dans sa propriété des Contamines à Genève, Guillaume Henri Dufour est décédé le 14 juillet 1875. Il eut droit à des funérailles nationales et moins de six ans plus tard, une statue lui fut érigée, par souscription publique, sur l’une des plus belles places de notre ville, à la place de Neuve.

Pour un complément d'informations, dans notrehistoire.ch, consultez : les Salons du Général Dufour.


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Commentaire(s)

Nicolas Ogay
Nicolas Ogay 22/11/2013
Super, merci!
Pierre Jeannerat
Pierre Jeannerat 24/11/2013
Merci pour cette intéressante biographie d'une personne aux multiples facettes. Dans le dictionnaire "Le Petit Larousse" on peut lire qu'il est mort à Les Contamines. Peu de gens savent qu'il s'agit d'un quartier de Genève !
Nicolas Ogay
Nicolas Ogay 25/11/2013
Aaah, et avec les gravures c'est encore mieux!

Je l'ai imprimé pour l'insérer dans le livre sur les Généraux de l'armée suisse (ed. Cabedita) que j'ai la chance de posséder dans ma bibliothèque.

J'aime bien ce personnage, conséquent et fidèle à son devoir! Rien que l'histoire du Sonderbund où lui, conservateur convaincu, a fait son devoir à la tête de l'armée fédérale qui combattait justement les conservateurs du Sonderbund! C'est peut-être aussi grâce à ça (...à lui) que cette guerre civile a pu se terminer sans de trop grandes pertes humaines!

Merci.

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