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Ernest Ansermet, Co-fondateur de l'Orchestre Symphonique de Paris

L’Orchestre Symphonique de Paris (O.S.P.) fut fondé en 1928, les co-directeurs étaient Alfred Cortot, Louis Fourestier et Ernest Ansermet; le concert d’inauguration eut lieu le 19 octobre au Théâtre des Champs-Elysées, avec, en particulier, la création de Rugby, mouvement symphonique d’Arthur Honegger, dirigé par Ernest Ansermet.


Ernest Ansermet sur la fondation de l'O.S.P., cité du livre de Claude Tappolet, «Ernest Ansermet, Correspondances avec des compositeurs européens (1916-1966)», 1994, Georg Editeur S.A., Genève, ISBN 2-8257-0476-8, Premier volume, page 180-181, Lettre d’Ernest Ansermet à Manuel de Falla, les Diablerets s/Aigle, 22 août 1928:


"[...] Mon cher ami,

Excusez-moi, ou plutôt pardonnez-moi de ne jamais vous faire signe de vie, et d’amitié, et de n’avoir même pas répondu à un très gentil mot que vous m’avez envoyé il y a quelque temps. J’en suis venu à ne plus pouvoir écrire du tout. Mais vous savez sans doute que tout ce que je ne vous témoigne pas, à vous, je m ’efforce de le témoigner à votre oeuvre. Et j’ai eu la joie, à Buenos-Ayres, en Suisse, et ailleurs (l’an prochain ce sera même en Russie) de voir l’«Amor brujo» ou le «Retable» provoquer de grands enthousiasmes.

Maintenant, je dois vous avouer qu’il a fallu un mobile intéressé pour me décider à vous écrire. Vous savez, ou vous ne savez pas, que quelques «mécènes» se sont décidés à doter Paris d ’un vrai orchestre de concerts, engagé au mois, répétant tous les matins, etc, etc, et que Cortot, Fourestier et votre serviteur sont chargés de sa direction.

Je vais donc diriger environ 25 concerts dans ce nouvel orchestre que nous avons recruté ce printemps, mes collègues et moi. Nos concerts commenceront aux Champs-Elysées, en attendant la réédification de la Salle Pleyel. Nous aurions voulu absolument avoir votre concours pour un concert de vos oeuvres. Votre homme d’affaires nous a répondu que vous ne vouliez et ne pouviez pas venir. Je vous demande la permission d’insister. Notre entreprise peut avoir une portée énorme - songez donc! Un orchestre stable, sans remplaçants, et qui dispose de 6 répétitions pour un programme et demi à peu près. Mais il faut l’imposer au public, et nous n ’y arriverons que si les artistes d’un nom qui compte nous y aident. C’est pourquoi nous sollicitons le concours de Strawinsky, de Ravel, de vous. Et laissez-moi vous dire qu’à part la question d’intérêt, j’aurais, moi, une joie infinie à faire avec vous un concert Falla. Vous y joueriez quelque chose ou dirigeriez, et vous me confieriez la direction de l’accompagnement, peut-être d’autre chose encore. Je vous assure que vous auriez de bonnes exécutions. Vous est-il vraiment impossible d’envisager un pareil projet, et qu’est-ce qui pourrait vous décider? [...]"


La réponse de Manuel de Falla fut pleine d'enthousiasme. L'affiche de l'un des concerts qui en résulta:

Programme du 28e Concert de l’Orchestre Symphonique de Paris donné le 11 janvier 1929 à la Salle Pleyel à Paris sous la direction d’Ernest Ansermet, avec, en particulier, «El Retablo de Maese Pedro» (Les Tréteaux de Maître Pierre), de Manuel de Falla. Cité de l'ouvrage de Claude Tappolet, «Ernest Ansermet, Correspondances avec des compositeurs européens (1916-1966)», 1994, Georg Editeur S.A., Genève, ISBN 2-8257-0476-8, Premier volume, page 185  (page de couverture du livre citée ci-dessous):

Claude Tappolet, «Ernest Ansermet, Correspondances avec des compositeurs européens (1916-1966)», 1994, Georg Editeur S.A., Genève, ISBN 2-8257-0476-8, Premier volume


Sur cet orchestre, Igor Markevitch écrit dans ses souvenirs (Igor Markevitch, Être et avoir été, Mémoires, Gallimard, 1980, note sur la page 147 en page 488):


"[...] Les circonstances de la création, en 1928, de l’Orchestre symphonique de Paris, l’O.S.P., sont particulières. En dehors de l’orchestre de l’Opéra, il n’y avait alors à Paris que les orchestres des associations organisées selon le principe coopératif. Un groupe de mécènes, parmi lesquels Gabrielle Chanel, la Princesse de Polignac, Alfred Cortot, David Weill, Christian Lazard, le groupe Pleyel, etc., pensaient qu’il était «désormais nécessaire qu’un orchestre au service de la Musique trouve un soutien financier lui garantissant à la fois la stabilité matérielle et l’indépendance financière».

Ils fondèrent l’O.S.P. avec comme chefs Ansermet et Fourestier. Les musiciens, recrutés par concours et appointés au mois, devaient répéter trois heures tous les jours. Très vite le rendement de l’O.S.P. fut excellent, ce qui lui permit de faire de brillantes tournées internationales. Il fut le premier orchestre français à jouer à Berlin depuis 1870. Dès sa première saison, qui comprenait 30 concerts, l’ensemble réserva une place importante à la musique contemporaine. La grande crise ayant compromis les ressources de ses soutiens financiers, l’O.S.P. dut en 1931 se transformer, lui aussi, en association. Elle exista jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale et dut beaucoup au dévouement et à la qualité de Pierre Monteux. [...]"


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